Portraits d’artisans de Meneham – Anne Dayot

14 janvier 2026
La caserne où se trouve les ateliers d’artisans © Valéry Joncheray

Dans cette série consacrée aux artisans qui louent un atelier à Meneham, nous avons voulu en savoir plus sur leur travail et ce qu’ils.elles aiment dans la création et surtout quel était leur rapport et appréciation du lieu. Le tout sous forme d’interview ponctuée de photographies.

Anne Dayot de l’atelier 2

Pouvez-vous nous donner le nom de votre métier ou de votre activité ?

Je suis auteure-photographe, affiliée au régime des artistes-auteurs.

Ce statut encadre la diffusion de mes œuvres sous forme de tirages limités à 30 exemplaires maximum par photographie, chacun étant numéroté au dos. Au-delà de ce seuil, on ne relève plus du champ de l’œuvre originale mais de la reproduction commerciale. Dans le circuit des galeries, ce nombre est d’ailleurs souvent considéré comme élevé : plus le tirage est restreint, plus la valeur de l’œuvre augmente. J’applique ce principe de façon progressive : les premiers tirages sont proposés à un prix plus accessible, puis les tarifs augmentent au fur et à mesure de l’avancement de la série. J’ai toutefois fait le choix de conserver cette limite de 30 exemplaires afin de maintenir des prix abordables.

Pouvez-vous nous expliquer votre activité, les outils, matériaux ou techniques utilisés ? Pourquoi
ce choix ? Quelle formation avez-vous suivie ?

Je n’ai pas suivi de formation en photographie ; mon parcours est autodidacte, guidé par une passion ancienne.
Durant les années 2000 vivant alors à Toulouse je photographiais les ombres des passants dans l’espace urbain. Plus tard, installée dans les Pyrénées ce sont les écorces d’arbres qui ont attiré mon regard. À cette époque, mon travail n’était pas destiné à être montré.

C’est mon arrivée en Bretagne en 2012 qui a véritablement structuré ma démarche artistique. La présence de la mer, les lumières particulière, le climat… tout m’a inspiré dans cet univers enchanteur. Je travaille aujourd’hui uniquement sur le littoral. D’abord attirée par les traces laissées dans le sable, je me suis peu à peu intéressée aux algues, celles déposées sur le sable par la marée puis les algues en mouvement au bord de l’eau.

Je marche longuement le long des plages et photographie ce que la marée trace, dessine et dépose sur le sable. Je n’interviens jamais sur le décor — je me contente d’observer et de capter l’instant tel qu’il s’offre. Une partie de mon travail se déroule également au moment du coucher du soleil : la lumière alors rasante révèle des couleurs flamboyantes et renforce l’impression de volume.


J’imprime moi-même mes photographies sur un papier aquarelle à grain fin avec des encres pigmentaires, reconnues pour leur excellente tenue dans le temps. J’obtiens ainsi un rendu situé entre photographie et peinture, un entre-deux qui correspond pleinement à ma recherche artistique. Côté matériel, j’utilise un appareil photo numérique, qui m’apporte une grande liberté pour mes prises de vue par rapport à l’argentique.

Qu’est-ce qui vous plaît dans l’artisanat et la création ?

Ce qui m’enchante avant tout, c’est précisément de ne rien avoir à « créer » au sens strict. Tout est déjà là : il me suffit d’ouvrir les yeux, de me laisser imprégner et de percevoir. Lorsque je « tombe » sur une forme et que je parviens à la sublimer par l’image, le moment devient presque magique. Je trouve dans la simplicité du réel de quoi nourrir mon regard.

Quand vient le temps des expositions, ce sont les réactions du public qui me touchent : l’émerveillement, la diversité des interprétations, parfois même l’émotion d’un spectateur qui entre en résonance avec celle que j’ai moi-même éprouvée sur le terrain. Je choisis volontairement de ne pas donner de titre à mes photographies afin de laisser à chacun la liberté d’y projeter sa propre lecture. J’aime être ce relais, offrir cette émotion.


C’est un travail empreint de gratitude.

Quel est votre rapport avec le site de Meneham ? Qu’appréciez-vous ici ?

En 2018, une peintre près de chez moi m’a proposé de rejoindre le site pour y louer un atelier. J’exposais déjà près de chez moi, mais Meneham de par sa fréquentation m’a offert une toute autre visibilité.

C’est un lieu magnifique, avec une lumière et une atmosphère particulières. Malgré la distance — (près de deux heures de route) c’est ici que mon travail rencontre le public le plus large. Les échanges avec les autres artisans, la fréquentation du site et le contact direct avec les visiteurs… tout cela en fait un lieu unique.

Recommanderiez-vous à d’autres artisans d’avoir un atelier ici ?

Oui, sans hésitation. Il y a des contraintes d’ouverture, bien sûr, mais la visibilité est exceptionnelle.
Meneham permet de toucher un public varié, peut être plus populaire que celui des galeries
traditionnelles, et c’est une vraie richesse.

Merci à Anne de nous avoir partagé sa passion de la photographie et son plaisir d’être présente à Meneham ! ♥